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Béatrice Lamourette, Microsoft : l’écosystème informatique mis à mal par le piratage

mai 2008 par Emmanuelle Lamandé

Avec plus de 45% de taux de piratage de logiciels, la France est l’un des pays les plus touchés par le phénomène. Qu’il s’agisse de piratage léger, « naïf », militant ou professionnel, c’est tout l’écosystème informatique qui en pâtit. Etalée sur les 4 prochaines années, une réduction de 10% du taux de piratage permettrait de créer 14.500 emplois. Dans cette lutte anti-piratage, Microsoft accompagne ses clients et partenaires pour les conseiller et leur permettre d’optimiser leur gestion des actifs logiciels. Béatrice Lamourette, Responsable anti-piratage de Microsoft France depuis novembre 2007, nous présente cette entité de Microsoft, qui existe d’ailleurs dans la plupart des filiales du groupe.

Global Security Mag : Pouvez- nous nous présenter l’entité anti-piratage de Microsoft ?

Béatrice Lamourette : Notre activité se décline autour de trois volets :

- L’éducation : il s’agit de pouvoir communiquer sur le marché un certain nombre d’éléments sur le piratage et la propriété intellectuelle, ainsi que sur les risques financiers et les différentes condamnations encourus.

- L’accompagnement : nous travaillons avec les entreprises de toutes tailles de manière à les accompagner vers une meilleure gestion des actifs logiciels et leur montrer les avantages d’une telle optimisation. Cette activité se fait conjointement avec notre réseau de partenaires, Microsoft étant dans un modèle de vente totalement indirect.

- La prévention : c’est en partie le volet juridique de notre activité. Nous travaillons d’ailleurs conjointement avec les services juridiques. Il s’agit de pouvoir identifier les clients et surtout les revendeurs qui ne jouent pas le jeu, et de mener les actions en conséquent. La concurrence déloyale porte préjudice à l’écosystème des partenaires.

La maison mère de Microsoft a décidé de renforcer cette entité et ce type d’action. Microsoft n’est pas le premier à le faire, d’autres éditeurs leaders l’ont fait avant nous.

GS Mag : De quelle manière pouvez-vous identifier ces fraudes ?

Béatrice Lamourette : Il s’agit de repérer les publications un peu bizarres, les tarifs étranges. Nous faisons de la veille sur Internet de manière à identifier les spams étranges, les sites aux enchères proposant des tarifs trop bas pour être honnêtes.

La France est la lanterne rouge avec plus de 45% de taux de piratage de logiciels

GS Mag : La France est l’un des pays les plus touchés par le piratage ? Qu’est-ce qui explique, selon vous, ce phénomène ?

Béatrice Lamourette : Selon une étude IDC, la France est, en effet, la lanterne rouge avec plus de 45% de taux de piratage de logiciels. Ce résultat vaut pour tous les éditeurs confondus.
- 60 à 70% dans le grand public
- 40 à 45% dans les PME
- 25 à 30% des grandes entreprises.

Deux principaux facteurs expliquent ce phénomène : l’aspect culturel et la méconnaissance. Nous observons régulièrement des problèmes d’incompréhension et de méconnaissance des licences. Un travail d’éducation reste à faire sur les modèles des licences. Il est d’ailleurs nécessaire de les adapter aux contextes et aux problèmes des entreprises. Pour cela, il faut simplifier les modèles de licence pour les clients, surtout les PME. Nous poussons vers un modèle unique de licence qui soit compréhensible par tous, même si nous savons que nous ne pourrons pas complètement gommer la complexité. Par exemple, notre modèle de licence « Open » est bien adapté aux petites entreprises.

Par rapport à d’autres pays, en France, nous sommes dans une logique de « pas vu, pas pris », « ce n’est pas si grave que ça ». Nous avons besoin de montrer qu’il y a des règles (radars, policiers, …).

GS Mag : De quelle manière intervenez-vous auprès des clients ?

Béatrice Lamourette : Ca dépend de la taille du client. Le contact est parfois direct, avec un responsable commercial pour un compte donné. Avec ce type de clients, des points sont fait régulièrement, et ce à double sens : besoin de licences, de mises à jour, ou, au contraire, parfois il y a trop de licences par rapport au besoin. Il s’agit donc ici d’expliquer et d’accompagner le client de manière à ce qu’il optimise la consommation de ses licences selon l’évolution de son entreprise. Nous avons environ 500 clients en direct.

On envoie également des courriers d’informations à un certain nombre de nos clients, plutôt aux TPE/PME. On met à leur disposition des informations sur le Web ainsi que des outils leur permettant de savoir où ils en sont au niveau des licences. Il s’agit de donner les bons outils à tout le monde. C’est une démarche générale qui répond au besoin de comprendre les enjeux de la gestion des actifs logiciels. C’est le travail de Microsoft, du BSA et des autres éditeurs. Courant février, nous avons organisé la 1ère édition de la semaine de la conformité des logiciels, de manière à fournir des informations sur les risques, les usages,…

Nous organisons des briefings avec nos revendeurs. Nous avons un dispositif complet de communication avec nos partenaires. Nous allons bientôt en parler avec les chambres de commerce et d’industrie, nous en avons déjà parlé avec la presse,… tout ceci dans un objectif de meilleure compréhension des enjeux.

Office… le plus convoité par les pirates

GS Mag : Quels sont les produits Microsoft les plus piratés ?

Béatrice Lamourette : Le produit le plus piraté, c’est Office, car c’est un des plus utilisés et des plus courants. Après c’est le système d’exploitation (Windows poste client) qui est le plus touché. Encore derrière, on retrouve les produits serveur.

Microsoft a travaillé sur des technologies qui permettent de lutter contre le piratage. Pour le système d’exploitation, Microsoft a développé il y a quatre ans WGA (Windows Genuine Advantage). C’est un programme conçu pour lutter contre le piratage logiciel et vous permettre de vous assurer que la copie de Microsoft Windows XP installée sur votre ordinateur est bien originale et que votre licence est valide. Si votre copie n’est pas originale, WGA vous enverra des rappels périodiques, à travers une petite boîte de dialogue, pour vous aider à entreprendre l’action appropriée de mise en conformité sur le Web. Lutter contre les logiciels contrefaits et vous aider à éviter les problèmes avant qu’ils ne surviennent fait partie intégrante de l’engagement de Microsoft. Cette technologie étant bien acceptée en France, Microsoft travaille actuellement à adapter ce type de technologie de pointe à Office. En ce qui concerne cette technologie, certains pays sont pilotes en ce moment même. On devrait avoir les premiers résultats en milieu d’année et envisager une diffusion en France.

Un revendeur breton condamné à 14.500 euros d’amende et 6 mois d’emprisonnement avec sursis

GS Mag : Quels sont les risques encourus par les « pirates » informatiques ?

Béatrice Lamourette : C’est le gérant mandataire de l’entreprise qui est responsable en cas de piratage ou l’individu s’il s’agit d’un particulier, en raison de la Loi sur la Propriété Intellectuelle. Au niveau du consommateur, c’est à nous de rendre notre produit le moins piratable possible. Vis-à-vis des entreprises et des revendeurs, nous identifions ceux qui ne jouent pas le jeu, puis nous pouvons si nécessaire envoyer un huissier. Un procès peut alors s’engager avec un risque d’amende pouvant aller jusqu’à 150.000 euros. Avec nos revendeurs, nous sommes sans pitié car souvent cela génère la perte de ses voisins concurrents et donc de la concurrence déloyale, néfaste à notre réseau.

Les dénonciations proviennent souvent de nos partenaires. Nous procédons également à du « mystery shopping » : il s’agit d’un inspecteur en civil assermenté qui se déplace dans une région donnée chez un revendeur et qui fait semblant de vouloir acheter. Il pose des questions au commerçant et voit comment ce dernier réagit. Chaque inspecteur opère dans un secteur géographique, selon un découpage de la France en une quinzaine de régions. Nous avons à peu près 10.000 revendeurs en France. Nous organisons environ 1.000 visites par an. Sur le nombre, 15% de nos revendeurs sont des pirates ou favorisent la piraterie.

Un jugement a été rendu le 17 avril en Bretagne. L’un de nos revendeurs, « Guyen Informatique » à Marmande, a été condamné à payer 10.000 euros de dommages et intérêts pour le préjudice matériel, 3.000 euros pour le préjudice moral et 1.500 euros de procédure pénale. Ce revendeur a également été condamné à 6 mois d’emprisonnement avec sursis. Dans ce cas, c’est un partenaire local qui avait détecté une baisse de son chiffre d’affaires. Une visite mystère a donc été organisée chez le revendeur suspecté et a révélé le caractère illicite de son activité.

Etalée sur les 4 prochaines années, une réduction de 10% du taux de piratage permettrait de créer 14.500 emplois

Dans ce type de cas, il s’agit de faire du profit au détriment des autres revendeurs de la région. De tels agissements peuvent être néfastes pour l’écosystème. Une baisse du piratage de logiciels aurait un impact prépondérant. Etalée sur les 4 prochaines années, une réduction de 10% du taux de piratage permettrait de créer 14.500 emplois, de contribuer à l’économie française à hauteur de 6.05 milliard d’euros*. C’est un manque à gagner pour Microsoft, mais cela n’est pas le principal préjudice : c’est une moins-value importante sur le marché français et plus particulièrement pour les prestataires de service informatique. En effet, pour 1 € acheté en logiciel, cela représente 1, 25 € d’achat en service informatique attaché, ce qui ne sera pas le cas si le logiciel est piraté. Il faut être à même de lutter contre ce phénomène.

C’est aussi à nous de travailler sur nos prix pour éviter le piratage. Microsoft fait des efforts au niveau de la communication et des prix. Nous avons récemment sorti un Office à 99 euros dans la grande distribution. Il faut adapter nos prix pour que la plupart des clients puissent acheter nos produits sans les pirater.

GS Mag : Quels sont les différents profils de « pirates » informatiques ?

Béatrice Lamourette : On distingue trois catégories :

- Les ignorants, soit environ 50 à 60% des pirates : ils sont nombreux dans les entreprises. Les gens sont souvent victimes de la méconnaissance, surtout dans les PME, ou agissent par inadvertance.

- Les pirates légers (de 30 à 40%) : on les retrouve plus au niveau des consommateurs « pas vu, pas pris » et dans certaines entreprises. Nous sommes victimes du côté immatériel du logiciel surtout dans certaines entreprises où il n’y a pas de responsable informatique. C’est à nous de les alerter sur les problèmes de sécurité informatique, la perte de données et les failles de sécurité qui sont autant de problèmes auxquels ils auront à faire face au-delà des problèmes juridiques potentiels.

- Les pirates militants (environ 10%) : c’est plutôt des individus du grand public qui refusent d’acheter les logiciels. Ils ne voient pas le travail, la recherche, le développement, les formations, les traductions, les documentations, …, qu’il y a derrière un logiciel. Ca coûte très cher et c’est le résultat de gros efforts. Ou alors les professionnels qui font de la contrefaçon industrielle. La plupart de cette contrefaçon provient des pays de l’est ou d’Asie.

GS Mag : De quelle manière formez-vous vos revendeurs ?

Béatrice Lamourette : Bien former les revendeurs est important. Il existe plusieurs sortes de formations : soit en ligne, au téléphone (Live Meeting), des « live training », soit lors de roadshows. Nous organisons un tour de France sur un an dans les villes où nous n’allons pas souvent, et ce dans un souci de proximité. Nous avons commencé ce tour de France récemment à Tours, les retours sont très positifs. La proximité a beaucoup plu. Cette notion poussera d’ailleurs à réduire le piratage.

Nous avons également une dizaine de partenaires privilégiés, qui ont obtenu la certification SAM. C’est une démarche ISO de Software Asset Management (Gestion des Actifs Logiciels). L’objectif à terme est d’avoir une vingtaine de partenaires privilégiés répartis sur l’ensemble du territoire français.

L’écosystème informatique peut être en danger à cause du piratage

GS Mag : Quels sont les points qui vous restent à développer pour mener à bien votre action anti-piratage ?

Béatrice Lamourette : Le travail de communication, qui est à renforcer comme par exemple avec la presse, et d’éducation du marché.
- donner des témoignages, avertir des condamnations,
- travailler plus avec les conseils régionaux, les chambres de commerce et d’industrie,
- continuer à être présent sur le marché
- travailler avec les experts comptables de manière à ce qu’ils soient capables d’expliquer les enjeux à leurs clients. Les actifs logiciels font, en effet, partie du bilan d’une entreprise.

GS Mag : Quel message clé souhaiteriez-vous faire passer ?

Béatrice Lamourette : Aujourd’hui, il y a tout un écosystème informatique qui peut être en danger à cause du piratage. Certaines régions souffrent de récession. L’informatique peut être un bon moyen de développement économique. Le piratage en est un frein. Dans cette lutte anti-piratage, Microsoft accompagne ses clients et partenaires pour les conseiller et leur permettre d’optimiser leur gestion des actifs logiciels.


* Source : Etude réalisée par International Data Corporation à la demande de Business Software Alliance, publiée en janvier 2008 et portant sur les retombées économiques d’une baisse du piratage de logiciels dans 42 pays.


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